Pierre Ragues élu président de la FFSA : quelle opportunité pour La Réunion ?

Soumis par glacier le May 06

Pierre Ragues est devenu, le 22 avril 2026, le nouveau président de la Fédération Française du Sport Automobile. Le pilote normand succède à Pierre Gosselin dans un contexte fédéral tendu, marqué par une révocation, une élection disputée et une mission d’inspection annoncée par le ministère des Sports. Pour La Réunion, cette arrivée ouvre peut-être une fenêtre d’opportunité. Mais elle doit être regardée avec prudence : le scrutin montre aussi une fédération divisée, notamment entre le vote des associations sportives automobiles et celui des ligues.

Une élection plus serrée qu’il n’y paraît

Officiellement, la liste conduite par Pierre Ragues l’a emporté avec 1 817 voix contre 1 440 pour Pierre Gosselin, soit un peu moins de 56 % des suffrages. Sur le papier, la victoire est nette. Mais le détail du vote raconte une réalité plus contrastée.

L’Assemblée élective était composée de deux collèges : celui des Associations sportives, les ASA, et celui des Ligues du Sport Automobile. Chaque collège pesait 50 % dans le scrutin. Or les ASA ont majoritairement voté pour Pierre Gosselin : 996 voix contre 496 pour Pierre Ragues. À l’inverse, les Ligues ont très largement soutenu Pierre Ragues : 1 321 voix contre 444.

C’est donc une victoire réelle, mais pas une victoire uniforme. Le nouveau président arrive avec la légitimité du scrutin, mais aussi avec une mission immédiate : rassembler une fédération dont la base associative n’a pas exprimé le même choix que les ligues.

Un pilote aux commandes, mais dans une fédération en crise

Pierre Ragues n’est pas un pur profil administratif. Pilote d’endurance, passé par Le Mans et par l’European Le Mans Series, il connaît la compétition de l’intérieur. Il a aussi présidé la Ligue de Normandie, ce qui lui donne une expérience du fonctionnement territorial du sport automobile. Cette double casquette — pilote et dirigeant local — peut être un atout dans une fédération souvent critiquée pour son éloignement du terrain.

Mais son arrivée ne se fait pas dans un climat ordinaire. Pierre Gosselin, élu en 2024 puis révoqué en mars 2026, avait dénoncé une gouvernance fédérale opaque. Le ministère des Sports a lancé une mission d’inspection, dont les conclusions sont attendues d’ici fin juin selon plusieurs médias spécialisés.

Pierre Ragues lui-même reconnaît que son mandat partiel, jusqu’à fin 2028, l’oblige à aller vite. Dans L’Équipe, il affirme vouloir apaiser, ouvrir davantage la fédération et recentrer l’action sur les licenciés, les bénévoles, les organisateurs et les épreuves du quotidien.

Les territoires ultramarins dans le programme

L’un des points intéressants pour La Réunion figure dans le programme de la liste Ragues : le renforcement du soutien aux DROM-COM. Le projet évoque une restructuration des services administratifs de la FFSA afin d’améliorer la communication, le service aux structures locales et le développement de projets, avec un soutien amplifié aux territoires ultramarins.

Le même programme annonce aussi une digitalisation à partir de 2027 : outil pour les organisateurs, dématérialisation des engagements, gestion des bénévoles, passeport technique électronique, sites internet prêts à l’emploi pour les ligues et ASA, ainsi que des solutions de paiement et de facturation.

Pour La Réunion, ces annonces peuvent avoir du sens. Les contraintes locales sont connues : éloignement géographique, coûts de déplacement, dépendance aux bénévoles, difficultés d’organisation, exigences de sécurité, routes étroites, calendrier local fragile. Mais à ce stade, il s’agit encore d’un programme. L’enjeu sera de voir si ces engagements se traduisent en moyens concrets, en accompagnement technique et en écoute réelle des dossiers ultramarins.

La Réunion représentée au comité directeur

Autre élément notable : Muriel Rajoël, présidente de l’ASA Réunion, figure dans le nouveau comité directeur fédéral élu autour de Pierre Ragues. Sa présence donne à La Réunion un relais direct dans l’instance dirigeante nationale.

Elle y siège notamment aux côtés de Simon Jean-Joseph, figure majeure du rallye français et ultramarin. Cette présence de représentants venus des territoires éloignés est un signal positif. Mais là encore, il faut rester mesuré : une présence au comité directeur ne garantit pas, à elle seule, que les problématiques réunionnaises seront automatiquement réglées.

La Ligue du Sport Automobile de La Réunion conserve également une structuration locale identifiée, avec Mamisoa Rajoël comme président de ligue et référent sécurité RTS, selon les informations publiées par la LSAR.

Le dossier Petite-Île comme premier test

Le premier test concret pour cette nouvelle gouvernance pourrait venir très vite de La Réunion. Le Rallye de Petite-Île, prévu début mai 2026, a été refusé par la préfecture, qui a estimé que les conditions de sécurité n’étaient pas suffisantes.

La FFSA et l’ASA Réunion ont annoncé un recours gracieux. Elles disent respecter l’autorité du préfet et le rôle des forces de sécurité, mais contestent certaines affirmations de l’arrêté d’interdiction. Selon elles, les garanties demandées avaient été mises en œuvre, le tracé avait été travaillé avec la gendarmerie, et la décision tardive a causé un préjudice important aux concurrents, bénévoles et partenaires.

Ce dossier résume parfaitement la difficulté réunionnaise : faire vivre un rallye populaire, historique et attendu, tout en répondant à des exigences de sécurité de plus en plus fortes. C’est précisément sur ce type de sujet que la nouvelle équipe fédérale sera attendue.

Une opportunité à saisir, pas une garantie

L’élection de Pierre Ragues peut donc être une opportunité pour La Réunion. Son profil de pilote, son discours sur les territoires, la présence de Muriel Rajoël au comité directeur et la promesse d’un soutien renforcé aux DROM-COM ouvrent une perspective intéressante.

Mais il serait imprudent de présenter cette élection comme une solution miracle. Le vote a montré une vraie fracture entre les ASA et les ligues. La FFSA sort d’une crise de gouvernance. Et les dossiers réunionnais, notamment celui du Rallye de Petite-Île, ne se régleront pas avec des déclarations d’intention.

Pour La Réunion, l’enjeu est clair : utiliser cette nouvelle période pour faire remonter des dossiers solides, documentés, techniquement irréprochables, et peser dans les nouvelles commissions annoncées. Si la FFSA veut vraiment se rapprocher de ses licenciés et de ses territoires, l’île a aujourd’hui une carte à jouer.

Mais cette carte devra se jouer vite. Le mandat de Pierre Ragues court seulement jusqu’à fin 2028. Pour le sport automobile réunionnais, les prochains mois diront si cette élection marque un vrai tournant ou simplement un changement de visage à la tête de la fédération.

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